Traverser l’Atlantique

Article paru dans le Journal de Montréal le 20 janvier 2007

Nous avons préparé ce voyage fantastique pendant 6 ans avant qu’il ne se réalise. Nous l’avons rêvé, mijoté, fignolé, revu et corrigé. C’était clair dès le départ que ce serait un voyage familial, même si à l’époque j’étais enceinte de ma première fille, nouvelle mère d’une petite crevette de quelques semaines. Nous étions déjà convaincus que ce serait pour un minimum d’un an et que nous naviguerions en Méditerranée. Nous étions tous deux résolus à quitter nos emplois respectifs si la situation l’exigerait pour pouvoir aller jusqu’au bout. Mais à ces certitudes, d’autres détails ont évolué au fil des années de concoction… Au début du projet j’avais annoncé mes couleurs à Marc : « naviguer pendant un an oui mais je ne veux pas faire la traversée de l’Atlantique c’est hors de question ! ». Marc m’approuvait dans mes choix me respectait mais en bon capitaine qu’il était, il m’informait régulièrement sur toutes les possibilités. Puis, j’ai pris des cours de navigation, de météo et là j’ai compris qu’une traversée si on est bien préparés, c’est possible et même souhaitable.

Et maintenant nous y sommes, aujourd’hui, le 15 janvier, je suis en plein milieu de l’océan Atlantique avec ma famille et deux copains. Nous sommes partis depuis maintenant 5 jours et les alizés gonflent nos voiles avec constance et rigueur comme l’annonçait le livre de météo. Nous filons à vive allure avec des vents du nord-est qui sont presque toujours de 20 à 25 noeuds.

Notre grande préparation des dernières années, des derniers mois et des dernières semaines nous à permis d’annihiler toute crainte, toute angoisse de sorte que tous les membres de l’équipage sont calmes et sereins et en parfaite disposition pour réaliser cette traversée. Et ce même si les débuts d’une traversée océanique sont toujours un peu pénibles pour le corps qui doit s’adapter au roulis incessant. Cette fois-ci, les filles ne sont pas du tout malades et sont même les premières à être amarinées complètement, elles s’amusent à l’intérieur pendant des heures, elles peuvent lire, boire et manger comme si de rien n’était. Certains d’entre nous les envient et aspirent à un tel degré de confort dans les prochains jours.

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Plusieurs se demandent comment on réussit à meubler nos journées, comment de jeunes enfants font pour ne pas s’ennuyer. C’est difficile à expliquer parce que le rythme en navigation est très lent, chaque activité prend plus de temps et nous revenons à nos besoins primaires sans en faire vraiment beaucoup plus. Toute notre attention se concentre sur ces petites activités anodines qui meublent notre quotidien. Quand aux filles, elles regorgent de ressources créatrices, elles bricolent, dessinent, s’inventent des histoires. Un peu inquiets à l’idée qu’elles s’ennuient, nous avions apporté sur le bateau, un lecteur DVD et tout plein de films inédits qu’on se réservait pour les longs après-midi de traversée. Le deuxième jour, alors qu’Ophélie tente mollement de ranger le lecteur, ce dernier s’écrase avec fracas sur le sol et se brise instantanément. Cet appareil nous a donné de précieux moments de répits depuis le début du voyage et loin de nous l’idée de renier son utilité mais force est de constater que sa disparition n’a pas suscité l’émoi escompté et que les jeux se poursuivent sans en faire mention.

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Nous nous partageons les quarts de nuit avec une rotation de deux heures et tout le monde réussit à y trouver son compte. Au début, les siestes sont nombreuses pour arriver à récupérer, nous ne dormons pas toujours bien à cause du bruit des vagues et des mouvements irréguliers du bateau.

Jusqu’à ce jour, nous avons réussi à voir des petites baleines, des marsouins et des dauphins. Benoit a vu un requin à quelques mètres du bateau et André, pendant son quart a vu une météorite illuminer la nuit étoilée. Nous avons croisé deux cargos, pêché trois dorades coryphènes et recueillis 23 poissons volants sur le pont du bateau. Voilà pour nos cinq premiers jours en mer, à ce rythme, nous pensons arriver dans 10 jours, la semaine prochaine nous saurons si nos prédictions se réaliseront.

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