Se la couler douce à l’eau douce

Article paru dans le Journal de Montréal du 10 février 2007

Avant notre arrivée à Grenade, nous n’avions pas profité des facilités d’un port depuis près de 3 mois. L’eau douce étant limitée à bord, notre bateau a dû se contenter de bains d’eau salée. Aussi, Projet bleu a subi à trois reprises les affres des vents sablonneux provenant du désert saharien, mieux connus sous le nom d’harmattan. Une poussière marron s’est infiltrée dans tous les recoins et conjuguée à la pluie, elle se transformait en pâte boueuse qui n’avait rien à voir avec les soins de beauté qu’on retrouve dans les centres de santé. Trois fois plutôt qu’une ce phénomène météorologique a souillé notre bateau et nous voilà maintenant disposés à le rendre aussi propre qu’un sou neuf. Notre Ovni 43 mérite bien tous ces égards, il est solide, fiable, tient parfaitement bien la mer dans toutes les conditions et ne nous a jamais fait faux bond. Il ne fait vraiment pas ses 9 ans d’usure et nous tenons à préserver son état de jouvenceau. Mais pour ce faire on doit utiliser une bonne dose de jus de bras et frotter fort. Toute la famille s’est donc mise à l’ouvrage.

« Prends soin de ton bateau et il prendra soin de toi à ton tour ! » Un dicton bien connu des marins et qui est la prémisse de la sécurité à bord. En plus de laver à grand jet d’eau toutes les parties extérieures du bateau, j’ai hissé Marc tout en haut du mât à 2 reprises pour qu’il nettoie le mat et les barres de flèche à l’eau savonneuse. L’intérieur n’est pas en reste, même les housses des coussins ont eu droit à un bain. Ainsi, notre maison flottante a été récurée dans ses moindres replis. On a passé la semaine à s’affairer à mille et une tâches : réparer, huiler, graisser, lessiver, visser, hisser, boulonner, poncer, ranger, changer, acheter…

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Ceux qui pensent que pour naviguer il suffit de se laisser porter au gré du vent et du courant et bien détrompez-vous ! Un bateau permet d’accéder à des endroits idylliques, de vivre des expériences riches, intenses, inoubliables mais pour apprécier les petits bonheurs qui sont à portée d’étrave on doit s’investir tête, coeur et corps. Par besoin d’autonomie, de liberté mais surtout pour assurer notre sécurité et notre tranquillité d’esprit, nous devons avoir des connaissances dans beaucoup de domaines, de l’entretien du moteur à l’interprétation des cartes météorologiques. Sans être spécialisé dans quoique ce soit Marc doit tour à tour se transformer en électricien, mécanicien, électronicien, navigateur, météorologue. De mon côté, je m’assure d’être bonne seconde, prête à tout en tout temps. Je veille aussi à l’intendance du bateau et l’instruction des marmots.

Une semaine consacrée à l’entretien intérieur et extérieur pendant que les vents soufflaient fort et que le temps avait des sautes d’humeur. Un passage obligé pour ensuite profiter des prochaines destinations antillaises. Comme dans toute autre chose, l’investissement personnel permet d’apprécier davantage les fruits de son labeur. Nous comptons nous la couler douce dans les prochaines semaines, l’endroit semble propice à cet état d’esprit. Nous verrons bien si notre bonheur sera à la hauteur de notre sueur.

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One Reply to “Se la couler douce à l’eau douce”

  1. Bonjour les héros,

    Très content de vous voir traverser l’océan sans problèmes. Une telle traversée mérite tout une médaille pour votre courage. Je vous souhaite du bon vent dans les voiles pour retourner sans problèmes à la maison.

    Marc, si tu reviens avant la fin juin, tu peux toujours passer nous voir à notre projet
    souterrain.

    Signé: Général KGB (anciennement colonel 🙂

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