Quand ça va mal

Article paru dans le Journal de Montréal le 10 juin 2007

Voilà maintenant plusieurs jours que nous naviguons dans l’Intra Coastal Waterway, un cours d’eau long et étroit qui part de Norfolk (à l’entrée de la baie de Chesapeake) et qui mène jusqu’à Key West en Floride. Ce canal a été dragué et permet à de nombreux vaisseaux de naviguer en eaux calmes à l’abri des vagues. Comme il y a des vents de plus de 30 noeuds avec rafales à 40 noeuds et des vagues de 15 pieds annoncées, nous choisissons la voie de la facilité et empruntons la célèbre voie d’eau. Le chenal étant souvent très étroit et dépourvu de bouées lumineuses, il n’est donc pas praticable de nuit.

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Nous devons donc partir au lever du jour et arriver avant la tombée de la nuit, ce qui nous fait en moyenne entre 50 et 60 milles nautiques par jour. Le paysage est joli, nous rencontrons plusieurs couples de dauphins, différentes espèces d’oiseaux et pouvons apprécier dans toute leur splendeur les riches résidences qui bordent le canal.

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Les ponts fixes que nous devons traverser ont tous 65 pieds d’hauteur et le tirant d’air de notre bateau est de 55 pieds. Malgré cette différence appréciable, nous avons connu des émotions fortes lors de notre première expérience. Le jeu des apparences vu d’en bas nous a fort impressionnés surtout qu’au moment même où nous franchissions le pont, Ophélie échappait un jeu avec grand fracas ! Mais ne s’arrêtent pas là nos histoires de peur avec les ponts…

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Comme nous traversions un pont, cette fois-ci à bascule, que les filles saluaient l’opérateur, un grand bruit sourd sous la coque se fit entendre à deux reprises. Notre safran a heurté quelque chose de dur. Un bateau à moteur qui nous suivait de près a aussi frappé l’objet à la dérive et a pu l’identifier : un tuyau de PVC long de 60 pieds qui s’était mis en travers du pont. Nous allons derechef nous ancrer pour vérifier l’étendue des dégâts. Une plongée et quelques essais avec la dérive et le safran plus tard, Marc soupçonne un problème avec le mécanisme hydraulique qui permet de remonter et redescendre le safran et la dérive lorsque nécessaire. Ces derniers ne semblent pas endommagés et sont toujours fonctionnels, nous sommes rassurés d’avoir choisi un bateau si solide ! Nous pouvons donc poursuivre notre route mais devrons faire fi de la quille relevable.

Alors que nous nous apprêtions à repartir, le fameux tuyau avance droit sur nous et nous voilà à tenter de le repousser de peine et de misère afin qu’il ne se coince pas sous notre quille et fasse d’autres dommages. Nous arrivons à l’éloigner enfin et reprenons notre chemin après avoir perdu deux bonnes heures. Puis, nous traversons un superbe lagon. Malgré la beauté du paysage, nous gardons un oeil constant sur le pronfondimètre et sommes à l’affût de toute variation. En temps normal, notre bateau a une quille relevable et nous pouvons nous permettre d’aller dans 2,5 pieds d’eau sans problème et même nous échouer sur des fonds sablonneux sans crainte d’endommager quoique ce soit. Cette caractéristique est d’une valeur inestimable et ce malheureux incident vient perturber notre tranquillité d’esprit.

Puis, nous arrivons finalement à Daytona Beach à la tombée de la nuit. Avec un tirant d’eau de près de 8 pieds et plus de possibilité de relever notre quille pour gagner de précieux pouces, nous tentons d’aller nous ancrer là où les fonds sont les plus réguliers et sans dangers. Nous connaissons bien la « loi des emmerdes maxi » et voulons à tout prix éviter d’autres emmerdes. C’est ce qui nous est pourtant arrivé…

Comme les fonds remontaient rapidement dès que nous quittions le chenal, nous sommes restés coincés dans 5 pieds d’eau. On attend la marée haute qui est prévue deux heures plus tard, Marc va porter une ancre en dinghy pour essayer de nous déprendre, rien n’y fait, nous sommes toujours coincés. Il est 22 heures, nous appelons un remorqueur. Et combien coûte ce petit coup de pouce qui nous sortira de la m… ? Je vous le donne en mille … En argent américain bien sûr !

Épuisés, nous arrivons finalement à quai et remercions le ciel de ne pas nous tomber sur la tête. On attend que la journée se termine avant de crier victoire, la météo a annoncé des possibilités de tornades ! Demain est un autre jour.

Pendant tout ce temps, les filles ont été sages et ont gardé leur calme. Au souper, Zoé s’est même exclamée : « c’est un grand jour de bonheur ! » « Et pourquoi ? » lui a-t-on demandé perplexes. Elle répond bien candidement : « parce que c’est une belle journée de navigation avec de beaux paysages, on a vu des dauphins, maman a rangé notre chambre et on mange mon repas préféré ! » Et c’était bien avant que sa soeur et elle assistent à deux magnifiques feux d’artifice alors que nous tentions tant bien que mal de nous dépêtrer de notre bourbier. Les petits bonheurs enfantins… Ça n’a pas de prix !

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