Partir c’est aussi quitter

Article paru dans le Journal de Montréal le 3 juin 2007

D’abord quitter son travail, suspendre sa carrière, rompre avec une certaine sécurité. A partir du moment où Marc et moi avons pris la décision de partir, six ans avant le jour J de notre départ, nous étions prêts à mettre entre parenthèses nos projets professionnels. A l’époque, je n’étais pas directrice principale des ressources humaines, ni même chez mon plus récent employeur, mais je me doutais bien qu’on ne me permettrait pas de prendre un congé sans solde pour des raisons de voyage ni pour une si longue période. De son côté, Marc ne travaillait pas encore à son compte et n’aurait pas été en mesure lui non plus de prendre un congé sans solde chez son employeur. Marc mit alors sa boîte sur pied et put ainsi acquérir une nouvelle flexibilité dans sa recherche de contrats. Ni l’un, ni l’autre n’avons douté de nos possibilités à notre retour, ni l’un ni l’autre n’avons craint pour notre avenir. Nous sommes partis sans ports ni attaches professionnelles.

C’est aussi quitter notre maison, la laisser en location, faire confiance aux prochains occupants qui en profiteront le temps de se trouver une nouvelle maison. Meubles, jouets et éléments de décoration ont été laissés en toute confiance durant notre absence. Lâcher prise sur nos biens matériels n’aura pas été une trop lourde tâche puisque nous partions explorer de nouveaux horizons et que les choses ont bien peu de prix à côté de toutes les richesses que nous allions découvrir. Nous avons été chanceux puisque nous retrouverons notre maison presque dans le même état que nous l’avions laissée, prête à nous accueillir de nouveau. Nous avions pris cette décision afin de pouvoir se retrouver chez nous après avoir bourlingué pendant près d’un an et demi. Nous ne voulions pas vendre et recommencer une nouvelle vie à notre retour, nous pensions qu’il serait rassurant de se retrouver à la maison après autant de dépaysement.

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C’est surtout quitter ceux qu’on aime, ne pas pouvoir partager les événements importants qu’on a l’habitude de souligner avec eux, de ne pas être présents lorsque le besoin se fait sentir. Nous avons eu des pensées pour nos parents et amis et les avons fait naviguer avec nous dans nos coeurs. Mais même si j’étais préparée mentalement à ce détachement, je ne peux pas dire que j’ai été zen en toute occasion avec cette décision. Alors que choisir c’est aussi savoir renoncer, j’ai dû apprendre à vivre avec toutes les conséquences de mes choix durant ce voyage que je ne regrette pas. J’ai pris des photos de ce que j’ai vu, j’ai écrit sur ce que j’ai vécu, j’ai pensé à eux autant que j’ai pu.

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Cette semaine, ma mère nous a quittés. Elle m’a attendue avant de rejoindre les étoiles et j’ai pu lui serrer la main avant qu’elle entreprenne son grand voyage. Le nôtre a été suspendu le temps des derniers « au revoir ». Cette fois-ci c’est moi qui reste sur le quai. Je comprends mieux le vieil adage qui dit : « ceux qui restent souffrent davantage que ceux qui quittent ». J’ai le coeur gros de ne plus avoir ma mère à mes côtés mais je sais que l’aventure qu’elle s’apprête à poursuivre sera formidable, à la hauteur de ses rêves et de ses croyances comme l’a été pour nous ce long périple qui tire à sa fin.

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Nous sommes à Key Largo en Floride, nous nous apprêtons à quitter une autre marina, une autre ville. Nous continuerons à découvrir et à nous émerveiller à travers les différentes destinations que nous ferons. Même si quelques fois on aimerait ça être là-bas…

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