Nourrir le corps et l’esprit

Article paru dans le Journal de Montréal du 27 janvier 2007

Nous sommes à mille milles de toute terre habitée ! Longtemps j’ai cru que l’immensité de l’océan me donnerait le vertige. Que l’horizon infiniment bleu gorgé de toute cette eau et de tout ce ciel m’étourdirait mais voilà que même lorsqu’il n’y a rien d’autres que l’océan et le firmament comme environnement, on trouve toujours le moyen de voir autre chose… Le jour, chacun de nous se prend à rêver à ceux qui sont là-bas, on distingue leurs visages, on sent leurs bras. On voyage à travers nos lectures nombreuses, des images plein la tête, on traverse des univers différents et l’équipage vit ainsi en toute intimité des vies parallèles.

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La nuit, on est subjugué par les nuits étoilées, on découvre les lumières nocturnes sous un autre angle et on se questionne sur leur identité, les débats s’ouvrent sur toutes les possibilités qu’offre la voûte céleste. Pas de lune, ou si peu, toute la place faite aux étoiles qui brillent et scintillent pour notre plus grand bonheur.

La tête a beau visiter les profondeurs de la terre par-delà les mers, il faut s’occuper de l’estomac qui carbure à autre chose qu’à la lecture. Alors, parlons cuisine. En mer comme à terre, ce sujet sensible est souvent l’objet de nos plaisirs et le centre de nos préoccupations. La pêche nous pourvoit bien sûr de matière première et l’approvisionnement complet en vivres diverses et variées nous permet de conjuguer bonheur et saveur. La pêche fut encore fructueuse : des dorades coryphènes (appelées aussi mahi-mahi), dont l’une de près d’un mètre, et un thazard rayé de 69 cm. Voici donc un bref aperçu de nos ressources culinaires: poulet grillé à la provençale, lasagne bolognaise, soupe de poisson thaï au lait de coco, hachis Parmentier revisité au poisson, saucisses variées et purée, thazard aux herbes avec riz aux amandes et abricots, lasagne mexicaine, couscous au poulet et légumes, curry de mahi-mahi, soupe minestrone, pain aux bananes, bruschettas, pizzas, et j’en passe. Tous ces petits plats sont certifiés « boat made », fabriqués ici-même dans le ventre de notre vaisseau Projet bleu. Il y a certes la houle qui nous accompagne et nous fait lâcher quelques jurons lorsque les soubresauts du bateau arrosent le sol de vanille ou de lait de coco mais dès les premières bouchées, ces désagréments passagers sont vite oubliés.

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Cette semaine est considérablement plus calme côté vent, entre 5 et 10 noeuds de vent et nous naviguons sous spi à des vitesses beaucoup plus lentes. Les vagues ont diminué, la chaleur a grimpé et notre confort a augmenté. Avec sa voile ballon, notre vaisseau semble flotter sur l’eau, discrètement sans faire de bruit. Il avance tranquillement mais sûrement en suivant la respiration régulière de la mer. Cette semaine, les milles parcourus se font plus discrets, notre moyenne au bateau a diminué et si la tendance se maintient, nous devrions arriver à Grenade aux alentours du 26 janvier. La météo est au beau fixe, le soleil brille avec vigueur et aucune averse ou ondée ne nous a visités.

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Aujourd’hui, le 22 janvier, un avion a survolé à très basse altitude au-dessus de nos têtes, une visite surprenante et bruyante qui nous rappelle que nous ne sommes pas seuls au monde. Dans quelques jours seulement nous rejoindrons la civilisation après une pause océanique et nous comptons les milles qui nous séparent et les jours qui nous rapprochent. Nos yeux commencent à s’illuminer de plongées anticipées dans les eaux chaudes et limpides tandis que nos deux équipiers ont hâte de retrouver leurs douces moitiés.

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