Météo, quand tu nous tiens

On nous l’avait dit et redit, c’était partout écrit mais le constater de voilier c’est autre chose : la météo en Méditerranée est imprévisible, capricieuse et déconcertante. Tout ce qu’on vous enseigne sur les signes annonciateurs d’une dépression, tout ce que doit vous révéler ces nuages longuement étudiés, toutes ces heures passées à tenter de démystifier la direction et la force des vents ne nous sert qu’à comprendre le Cross Med* lorsqu’il diffuse ses prévisions pour les côtes qui nous concernent. Et encore comprendre est largement exagéré, on pourrait dire que nous écoutons perplexes les humeurs célestes comme certains écoutent et écrivent sagement les résultats du loto à la radio et comme eux nous espérons gagner notre prochain voyage !
Nous avons bien sûr fait connaissance avec Sir Mistral, il règne en seigneur et visite ses terres assidument mais sans aucune ponctualité. Il a les yeux clairs et limpides, d’un bleu saisissant, presqu’automnal, tout ce qui est touché par son regard est magnifié. Il inspire et expire par secousses, parfois fortes et sifflantes. Il adore les paradoxes, il vient du nord, est gorgé de lumière chaude et aime surprendre par ce souffle qui n’est jamais régulier. Il reste distant malgré nos nombreuses fréquentations, il ne se dévoile pas et préfère plutôt l’intensité que l’intimité.
Et encore ce seigneur imprévisible est très connu, il est largement documenté et assez vite repéré. Mais il y a de quoi perdre le nord lorsque ce dernier invite ses copains voisins, éparpillés aux quatre coins, à venir jouer avec lui. Nous assistons impuissants à ce jeu de balle, on ne sait même plus quelle équipe encourager tant les joueurs sont déchaînés et indisciplinés. Tantôt la balle file à toute vitesse en direction du filet voisin tantôt le voisin déménage sans avertir les joueurs, tantôt la balle est perdue hors champs pour un long moment. À ce jeu, il n’y a pas d’arbitre et même le Cross Med* qui doit commenter la partie est dans la m… Alors imaginez deux petits québécois avec des cours et des livres de météo pour seuls recours, il vaut mieux rester dans les gradins et attendre que la partie tire à sa fin.

Il y a ces congestions matinales qui annoncent une journée de petites affaires à faire. Le genre de temps gris qui vous fait rester plus longtemps au lit ou qui vous inspire pour faire l’épicerie ou visiter la laverie. On apprivoise l’idée, on déjeune à l’intérieur bien au chaud et soudain la magie s’opère le soleil est là comme s’il y avait toujours été, comme si de rien n’était. Il fait beau et chaud et toutes nos prévisions sont à l’eau. Il ne faut plus se fier à ce ciel bouchonné, à ses allures enrhumées, ici il fait soleil 300 jours par année !
Nos expériences météorologiques n’en sont qu’à leur premier trimestre mais déjà nous avons été témoins d’un phénomène assez rare même pour la région que nous visitons : une trombe**. Elle était là, en mer, à un kilomètre de nous, à l’endroit où nous étions 30 minutes plus tôt. Nous l’avons vue s’échapper du ciel et tourbillonner un petit moment le temps d’effrayer quelques passants. L’oeil averti, je guettais sa direction et si elle voyageait avec ou sans compagnons. Le ciel s’assombrissait, le tonnerre grondait, le vent se levait et nous on manoeuvrait pour entrer bien sagement à Port-Fréjus. Après quelques tentatives pour nous trouver une place à notre largeur, nous sommes finalement à l’abri et devinez quoi ? Le soleil a chassé les nuages, le vent a fait ses bagages et nous assistons incrédules au bulletin météo qui annonce toujours des avis de coup de vent au large !
Aujourd’hui, il y a eu une petite ondée qui a duré une vingtaine de minutes, c’est la quatrième fois qu’il « mouillasse » depuis le début de notre voyage. Zoé s’est exclamée toute excitée : « Ça sent comme chez nous, ça sent le camping, ça sent le Québec ! ».
* Cross Med : c’est la voix vachement séduisante d’un monsieur qui donne les prévisions météorologiques pour le bassin méditerranéen français… Bon j’avoue, des fois j’ai aussi entendu une fille !
** Trombe : masse nuageuse ou liquide de très petit diamètre (20 mètres environ) soulevée en colonne et animée d’un mouvement rapide de rotation. Les trombes naissent sous des nuages orageux et s’accompagnent d’orages, de grêle, de vents violents et causent d’importants dégâts. © Larousse 2005

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