Masillia

Le mercredi 10 mai, nous quittons Sausset-les-Pins pour Marseille, non sans quelque angoisse à l’idée de pointer notre étrave de voileux dans un port encombré de ferries, de cargos, de vedettes et de milliers d’autres bateaux de plaisance qui se disputent la chance de se faire une place dans l’enceinte de ce port millénaire. Le temps est particulièrement frais pour ce mois de mai, et je porte mon bonnet et deux vestes polaires. La courte balade nous permet d’apprécier la côte bleue, une séquence de petites criques et de falaises à l’ouest de la rade de Marseille. Nous approchons de l’extrémité de la grande digue qui protège le port commercial sur plusieurs kilomètres, que nous contournons pour entrer dans l’avant-port Joliette. C’est la cour des grands. Pendant que nous faisons des ronds dans l’avant-port pour préparer nos amarres et poster les défenses, un cargo y passe pour aller au port commercial. Nul besoin de se faire prier pour s’enlever du chemin de ce mastodonte qui file à une allure qui nous semble peu appropriée pour une arrivée portuaire de plusieurs milliers de tonnes d’acier. Une fois prêts, nous entrons dans la passe bordée, à droite, du palais du Pharo, et à gauche du fort St-Jean. L’anxiété est à son maximum. Dès notre entrée, nous apercevons, le ponton d’accueil de la marina que nous avons contactée le matin. Le ponton est quasi-vide ! L’anxiété vient de baisser d’un cran. Nous contournons un feu vert, plutôt mal placé, qui bloque l’arrivée sur ce ponton, et approchons lentement du quai. Le vent nous écarte du ponton. Je crie à Martine de sauter, car je ne veux pas avoir à pousser encore les gaz et risquer de heurter le voilier devant nous. Martine me fait un signe sans équivoque pour me rappeler que la distance qu’elle voit entre ses pieds et le ponton dépasse largement ses capacités athlétiques. Je manipule un peu la marche avant et arrière et elle peut enfin débarquer. Ouf. Elle frappe l’amarre à deux taquets et nous galèrons pour rapprocher les huit tonnes et demi de Projet Bleu du ponton.

Voilà c’est fait.

Marseille !

Ce n’est pas la plus charmante des escales. Marseille n’a pas une réputation enviable. On la dit bruyante, polluée, mal développée, pénible à parcourir en voiture. Tout cela est sûrement vrai, mais Marseille est un port naturel enclavé, bordé sur trois côtés de vie frétillante, de jour comme de nuit, duquel on peu admirer une superbe basilique, une abbaye du Ve siècle, un palais du IXe, deux fortifications, et voir le soleil se coucher sur l’ouest, au- dessus des collines de la côte bleue. C’est un port fondé par les Phocéens il y a plus de 2600 ans qui fût un chef lieu pour plusieurs civilisations méditerranéennes et constitue aujourd’hui encore un pôle de l’activité de la région.

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Et puis, pour qui a lu Pagnol ou vu ces délicieux vieux films en noir et blanc, Marseille c’est aussi une culture bien à elle. Martine et moi ressentons un véritable sentiment d’accomplissement, comme si une grande étape d’un voyage pourtant si jeune venait d’être franchie.

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