La traversée vers Barcelone

Hier soir, le ciel a fait une très grosse colère, des éclairs dans les yeux à ne plus savoir qu’en faire, il s’est contenté de nous impressionner. Nous avons observé ce spectacle de sons et lumières. Les bateaux dansaient autour de leur ancre, certains partaient giguer en solitaire craignant d’écraser les pieds de leurs partenaires nombreux. Le lendemain matin, le ciel a quelques relents d’amertume et ne se défâche pas si facilement. Il a une boule dans la gorge, coincée entre deux montagnes et plutôt que de tenter de le consoler, nous le quittons vers d’autres cieux plus joyeux. Quelqu’un a déjà chanté « le soleil brille à Barcelone », nous allons vérifier s’il a toujours raison…

Cette traversée d’une vingtaine d’heures sera un peu plus difficile pour presque tout l’équipage mais personne ne sera malade. Ces derniers jours, le mistral a soufflé fort dans le golf du lion et a laissé derrière lui une houle qui se croise avec celle du vent qui est portant pour une bonne partie de la traversée. Nous pourrons faire de la voile avec une vitesse moyenne de 6,5 noeuds et être à l’heure pour notre rendez-vous avec Martine, son avion atterrit à 10 heures 30 et nous prévoyons arriver dans ces eaux-là… (Remarquez ici le jeu de mot subtil !)

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Nous voyons la côte de Majorque se profiler une bonne partie de la journée puis tout doucement l’ombre s’atténue et laisse toute la place au bleu… Que du bleu : devant, sur les côtés et derrière. Deux jeunes dauphins amoureux nous saluent sur bâbord et repartent retrouver leur intimité. L’heure du souper approche et je n’ai pas vraiment le goût de cuisiner, les estomacs sont fragiles et le roulis est très indiscipliné. Soudain, nous apercevons quelque chose au bout de notre ligne… les estomacs se contractent puis se détendent : un autre germon ! L’appétit vient en pêchant et nous remontons notre ligne, photographions, mesurons et filetons cette prise sans ralentir notre vitesse de croisière. L’équipage a le sourire et la salive aux lèvres, notre thon est aussi gros que la dernière fois, il mesure 69 centimètres soit un centimètre de plus que le précédent. Nous pourrons poursuivre notre recette-au-thon, ce sera une variation sur un autre thon…

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L’ambiance étant plutôt festive, je décide de mettre de la musique. Presqu’aussitôt, une bande de dauphins surgissent devant l’étrave, ils s’amusent à frôler notre ancre, nous montrent leurs bedaines, font des cabrioles et ce spectacle fascinant dure une bonne demi-heure. Nous remarquons que leur ventre est blanc avec une jolie teinte rosée. Cet animal a le don de répandre du bonheur autour de lui, une vraie machine à sourires et chaque fois on s’émerveille comme si c’était la première fois. traversee-barcelone-5.jpg traversee-barcelone-6.jpg

Nous offrons la lune à nos filles sur un plateau doré, elle est pleine et brillante et ressemble à un soleil de nuit. Il y a les vagues, il y a la lune et maintenant les étoiles qui s’installent une à une. Un bâillement, des pyjamas et le besoin de dormir dans les draps de maman pour cette fois. La gîte amoureuse fait encore son effet et je m’assoupis le temps de faire le plein d’énergie pour mon quart de nuit. J’adore les traversées de nuit, les veilles en solitaire, la musique dans mes oreilles… Je me sens flotter, je rêve éveillée, je me pince pour vérifier si tout est bien réel. Que je suis heureuse d’être ici !

Nous avons traversé plus vite que prévu, nous arrivons aux abords de Barcelone avant l’aube, nous ralentissons le rythme pour entrer au port à la lumière du jour. Il y a beaucoup de cargos et de bateaux de pêche aux alentours et nous devons être vigilants. Nous accostons au petit matin, la ville est encore endormie mais ses environs sont pleins de promesses. Nous aimons déjà cette ville et les prochaines heures passées en son sein seront un véritable coup de coeur.

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