Ici gît (Braltar) le roi des arnaqueurs

Nous sommes restés une semaine à Estepona, dernière escale d’Espagne continentale, à attendre la météo idéale pour passer Gibraltar. Tant de précautions car nous redoutions un peu notre première navigation dans une zone à marées et courants, après des mois sans se préoccuper de ces mouvantes considérations. Il est vrai qu’un vent contre-courant peut lever un clapot particulièrement désagréable. Les montagnes qui bordent l’Espagne et le Maroc en face, créent un effet de Venturi qui peut accélérer substantiellement le vent prévisible pour la région dans son ensemble. De plus, une erreur dans le calcul des courants de marée, et vous voilà pris à avancer à 3½ noeuds plutôt qu’à six, sans compter la déception de ne pas avoir su faire le contraire, c’est-à-dire voguer à 8 noeuds grâce au courant. Et puis Gibraltar est le point de passage obligé de tous les cargos, paquebots et traversiers qui vont ou viennent en Méditerranée occidentale, ce qui demande une vigilance de tous les instants pour ne pas se retrouver mal positionné devant un de ces géants d’acier qui ne peuvent (et ne veulent) pas se dérouter ou s’arrêter.
A tout cela s’ajoute une touche de mysticisme associée à la renommée planétaire de ce détroit, lieu ayant fait l’objet de tant de convoitises navales aux cours des trois derniers millénaires.
Nos attentes étaient grandes. Nous nous imaginions la Mecque des navigateurs au long cours, lieu de passage de tous ceux qui quittent la Grande Bleue vers des ailleurs lointains et hauturiers. Nous nous imaginions des shipchandlers en quantité, des ateliers marins, des magasins spécialisés en électronique, en vêtements de mer, etc. Gibraltar étant « zone franche » nous nous attendions à une panoplie de magasins d’usine où les prix seraient tellement alléchants qu’il nous faudrait nous attacher les mains dans le dos pour ne pas brûler en quelques jours des milliers d’euros pas nécessairement destinés à ces achats. De plus, le guide Imray vantait la présence d’un réseau sans fil wi-fi accessible directement du port, ce qui n’avait pas manqué de nous réjouir, car celui d’Estepona, bien que gratuit, ne marchait qu’un jour sur trois.
Vous devez vous douter au ton de l’article que le résultat en fut autrement. Sauf une chose : le rocher lui-même, fièrement dressé à l’horizon, guidant Projet Bleu comme il a su guider des millions de marins dans le passé. L’approche du rocher révèle la présence de bunkers et miradors taillés à même le roc, ainsi que des batteries de canons menaçant de leur vraisemblable capacité opérationnelle, le tout ajoutant une note de stratégie militaire à ce lieu. Ici, il faut barrer le dos bien droit.

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Une fois le plein de diésel terminé, nos attentes sont au sommet pour le reste des achats à effectuer, devant un litre de gasoil à 0,70 euros, alors que certaines pompes méditerranéennes nous affichaient 1,20 euros dans les mois précédents.
Malheureusement, ici se terminent les gros rabais. Gibraltar est en fait un énorme magasin Duty Free comme on en trouve dans les aéroports, avec le même menu de cigarettes, vins, spiritueux, montres et appareils électroniques. Pour le reste, il faudra attendre d’être ailleurs que dans ce lieu où il n’y a qu’un seul shipchandler, lequel n’a pas la moitié de ce qu’offrait la demi douzaine de commerçants d’Estepona, qui n’a pourtant ni la taille ni le prestige de Gibraltar. Le coût d’à peu près tout est plus élevé que dans la proche Espagne. Le charme et la gentillesse des Britanniques devront être cherchés au Royaume-Uni, car ici, les locaux sont froids et très peu avenants.

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Nos attentes vis-à-vis la gastronomie n’étaient pas très élevées, ce qui nous a permis de nous réjouir (et de jouir) de la grande quantité de restaurants indiens, qui rehaussent radicalement le niveau de la péninsule, côté restauration. Pour ce qui est de l’avitaillement au supermarché avant notre première traversée, à part quelques produits nouveaux, nous avons surtout trouvé que la facture était plus élevée que dans les approvisionnements précédents. Partout en Espagne, les fruits sont succulents, toujours vendus bien mûrs et charnus. Les figues, les pêches et les nectarines espagnoles nous ont laissé sur le palais des souvenirs agréables dont nous nous souviendrons aussi longtemps que le Lonzu corse acheté à Bonifacio ou la tomme de brebis sarde que nous a vendu une charmante fromagère au marché public de Stintino. Et pourtant, ce supermarché de Gibraltar, bien que cerné par l’Espagne, arrive quand même à offrir des prunes trop dures et des pêches farineuses. Martine et moi croyons qu’ils les importent de la Mère Patrie par cargo afin de garantir un goût « just like home ».
Et ce wi-fi dans le port, qui nous coûte huit livres sterling pour trois heures de connexion n’aura servi que pour 10 minutes de temps d’antenne utile, le reste du temps ayan servi à attendre que les pages web s’affichent à travers un système d’une lenteur inacceptable.
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Une bonne raison de nous rendre à Gibraltar était l’arrivée de notre ami Sébastien, surnommé Sébouille par nos filles, qui va nous aider dans notre première navigation hauturière vers Madère. Une fois Sébouille les deux pieds dans Gibraltar, il s’est vite rendu compte, malgré une visite dans ce haut lieu simiesque qu’est le Rocher, qu’il n’avait pas grand intérêt à s’éterniser dans cette péninsule.

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C’est donc après quelques vérifications du matériel, dont une petite visite en tête de mât, que nous avons, sans regret, mais non sans quelques papillons au ventre, décidé de quitter la Méditerranée et l’Europe continentale pour de bon.

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