Comment mange-t-on ?

Certains doivent se poser des questions sur l’alimentation de leurs aventuriers favoris.

Il faut comprendre, pour ceux qui n’ont jamais vécu sur un voilier de 13 mètres ou moins, que ce « palace » est muni d’une cuisinière de 18 pouces de large par douze de profond sur lesquels brûlent deux (oui, deux !) ronds au butane qui crachent un nombre de BTUs ridiculement bas à côté des 18,000 de celle de notre humble demeure de la rue St-Charles.

Quant au frigo, sa taille se calcule en centimètres cubes. Elle est à peu près égale à une fois et demie le volume d’une bonne vieille glacière Coleman familiale.

Que dire aussi de la surface de travail : si on enlève la surface hypothéquée par la porte du frigo (car le frigo s’ouvre par le dessus), la cuisinière et le lavabo, il ne reste qu’une surface grande comme deux planches à découper. Mais puisqu’il n’y a pas de lave-vaisselle et qu’il y a toujours de la vaisselle à sécher, cette surface est en permanence prise par le séchoir à vaisselle.

Aussi bien dire que tout doit se faire sur la table du carré.

Ce manque de place est-il la cause d’une tendance à n’acheter que des plats cuisinés et des boîtes de conserve ? La taille du frigo est-elle un frein à une alimentation variée et de qualité? Ceux qui connaissent nos habitudes alimentaires et qui connaissent aussi la France ont certainement déjà un sourire en coin en pensant à la réponse. Mais bien sûr que non ! Tout d’abord, une fausse conception doit être effacée de vos imaginaires trop vagabonds : nous dormons, tous les soirs, soit dans un port, soit dans une baie à quelques encablures de la terre ferme, laquelle est en territoire Français, berceau de la gastronomie occidentale et fief qui défend avec force les spécialités régionales et locales, les produits du terroirs et AOC de toutes sortes.

Ici, tout ferme de midi à quatorze heures parce que c’est l’heure de manger et que c’est sacré. Ce qui fait que tout est sacrément bon à manger.

Trouver un produit frais et de qualité est une affaire de rien, et la plupart du temps, on trouve mieux que ce que l’on avait espéré.

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En clair : c’est le paradis des gourmets et des gourmands, et nous mangeons tous les jours, sur notre bateau, avec le frigo et la cuisinière du bord, des fromages succulents, des desserts lactés qui vous donnent envie de vous lever la nuit, des huiles à se rouler par terre, des cassoulets en boîte déments, des fruits et des légumes frais et mûres à souhait, et j’en passe.

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Et tout cela s’achète dans des supermarchés et des épiceries ordinaires. Car si vous prenez la peine d’aller chez le producteur ou dans des boutiques spécialisées, alors, alors je manque de superlatifs.

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Que dire aussi des salades de Martine, surnommée, à raison, la Reine des Salades, qui nous prépare à chaque jour une nouvelle salade composée avec les fraîcheurs du moment, et, très souvent avec de la mâche, cette feuille succulente qui coûte la peau de fesses au Québec, quand on en trouve.

Nous mangeons peu au restaurant. Les quelques expériences que nous avons eu nous ont laissé, à quelques reprises, un drôle de goût dans la bouche, surtout après avoir avalé de travers l’addition plutôt salée. De toute façon, nous mangeons très bien sur le bateau.

Une consolation pour nos amis du Québec et un dur coup pour la France : le pain. Il y a quinze ans, je me souviens distinctement avoir demandé à nos copains français qui vivaient au Québec depuis un an ou deux quel était l’aliment qui leur manquait le plus, et la réponse était « la baguette, pardi ! ». M’étant rendu en France par la suite, j’ai vite compris pourquoi. Aujourd’hui c’est l’inverse. Je trouve facilement par ici les boulangeries, la baguette et les deux ou trois types de pain que celles-ci nous offrent, mais, pour ce qui est du pain, le Québec a, grâce à Première Moisson, et en moins de quinze ans, dépassé le maître. Le pain d’ici est fade et l’offre manque sérieusement de variété. Les temps changent et rien n’est éternel. Qu’il me manque le Carré Blanc, le Miel-Noisette et Raisins, le Blé Concassé, le Belge, le Kamut et machin, et toutes ces pâtes au levain, qui me donnent l’eau à la bouche, rien que d’écrire ces lignes. Message sous-entendu : que ceux qui nous rendent visite du Québec passent à a boulangerie avant de prendre l’avion…

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