Le réveil des sens !

Comme il s’est reposé mon nez ces dernières années ! Il avait bien sûr quelques activités pour ne pas s’ankyloser la mémoire mais il était dans une sorte d’hibernation et attendait patiemment que je le sorte. Et bien voilà c’est fait, il prend un grand bain d’air marin pour se purifier et sentir toutes ces beautés qui sont à sa portée.
Je me régale des odeurs bleues de mer, où s’entremêlent les différentes déclinaisons de fonds marins, d’air salin et de vapeurs d’eau. Je découvre les odeurs de pluie avec ce brin d’acidité qui me rappelle les excès que notre consommation engendre. Je me gave de ces effluves de coquillages, crustacés et autres poissons qui sont si délectables tant pour le palais que pour le nez.
Les balades sur terre s’accompagnent de fortes notes d’eucalyptus, de pins, d’arbres fruitiers et d’effluves florales que j’arrive difficilement à distinguer tant elles sont variées et nombreuses. Je respire à pleins poumons en prenant soin de prendre de grandes inspirations. J’expire tout doucement, par petits coups, sans bruit avec la folle envie de fossiliser des particules d’odeurs. Qu’elles se stalagtisent dans mon corps ou mieux dans ma tête !
Je sens le doux parfum du soleil, celui-là même qui réchauffe les odeurs pour les accentuer, un peu comme le fait le sel en relevant le goût des aliments. Je sens le vent et sa blanche odeur me rappelle la neige, même si cette dernière ne fait plus partie du décor, elle laisse des traces olfactives lorsque le vent du nord nous visite. J’aime sentir les différentes déclinaisons du vent, ce souffleur opalescent qui se teinte à mesure qu’il cueille les effluves. Comme s’il était pourvu d’un énorme filet, les odeurs papillonnent sur son passage et ainsi j’arrive à distinguer si cette brise vient de la terre ou de la mer parce que les traces qu’elle laisse dans mes nasaux guillerets sont sans équivoque. Je sens cette humidité qui fleure bon le vert même lorsque nous sommes en mer…
Mais il y a aussi ces odeurs aigres de déchets ou de diésel, des odeurs brunes qui masquent tant elles sont foncées, ces odeurs de chiens qui aiment bien laisser quelques souvenirs de leur passage. Quoique peu agréables pour le nez, on peut se consoler en se disant que la nature apprécie en compostant rapidement les dons canins.
L’odorat a toujours été mon sens préféré, refuge par excellence des souvenirs, il est d’une rare complexité et je suis fascinée par l’étendue de son spectre que je n’arrive pas à nommer avec précision. Son vocabulaire m’est étranger, les mots me manquent pour décrire ce que je sens, soit qu’ils s’amusent à rester percher sur le bout de ma langue et à attendre je ne sais trop quel signe de ma part, soit qu’ils se voilent de mystère.
Malheureusement, nous n’apprenons pas ce vocabulaire ni à l’école ni nulle part ailleurs et nos parents qui sont dépourvus de références olfactives précises n’ont pas su nous enseigner son lexique. L’intérêt et le goût du vin aura été pour moi une entrée dans cet univers fascinant des oeunologues amateurs, ce parcours initiatique m’a permis d’apprendre les rudiments de notre machinerie olfactive mais surtout de reconnaître les grandes familles possibles d’odeur. Même si les mots utilisés ne se retrouvent pas dans le « Nez du vin » ou ne sont pas répertoriés dans les grandes écoles de parfumerie, nous arrivons à décrire l’essentiel de ce que nous captons.
Alors, qu’attendez-vous pour prendre une pause olfactive ?

Laissez libre cours à votre imagination lorsque vous respirerez l’air de vos souvenirs …

One Reply to “Le réveil des sens !”

  1. Martine comme j’apprends avec toi. J’apprends à comptempler, à ressentir, à être sensible. Par tes mots merveilleux et si recherchés, je me transforme un peu à chaque lecture. Je me remets en question sur ce qui est essentiel dans la vie…Pis en plus je me sens poche en français!!!!!!!!! Non mais quel vocabulaire… Faut même que je cherche quelques mots dans le dictionnaire.
    Je vous adore zaza xxx

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