Retrouver nos racines

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Article paru dans le Journal de Montréal le 8 juillet 2007

Les semaines précédant notre départ, nous comptions les dodos, nous imaginions avec fébrilité nos destinations projetées, nous étions tous emballés par notre nouvelle vie de grands voyageurs. Malgré les nombreuses variables inconnues, nous sommes partis avec un plan bien concret de ce que nous voulions faire. Le bateau n’était pas acheté, nous n’avions aucune idée où on habiterait les premières semaines et nos malles bien chargées étaient déjà envoyées en France par avion. Nous savions quel type de bateau nous voulions, nous connaissions notre budget, nous avions une bonne idée de notre itinéraire et surtout nous savions que nous étions tous très unis et motivés par cette aventure.

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Ce voyage qui s’est déroulé en trois parties distinctes : la Mer Méditerranée, l’océan Atlantique et la mer des Antilles a été à la hauteur de nos attentes. Certaines escales nous ont marqués davantage, certains lieux ont été plus propices aux rencontres, certaines mers nous ont été plus favorables. Une richesse nouvelle nous habite et restera ancrée dans nos souvenirs pour de nombreuses années à venir. Nous avons eu l’énorme privilège de nous voir évoluer, chaque membre de la famille a pris le temps de grandir en accéléré. Face à nous-mêmes, si fragiles au milieu de cette nature imprévisible, nous avons pris pleinement conscience de nos forces et de nos faiblesses. Pas une tempête n’est venue assombrir notre vie sur l’eau, aucune crise n’a eu assez de force pour troubler notre cellule familiale. Bien sûr, nous avons eu notre lot de situations à régler et les solutions ne devaient pas tarder à se pointer… Pas facile de se cacher sur un bateau de 43 pieds !

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Notre cheminement a été très évolutif. Les premiers mois, chaque destination faisait l’objet d’une réflexion… Habiterions-nous ici ? Quel serait notre nouvelle vie ? Comment pourrions-nous prolonger cette expérience ? Comme si notre besoin de changement était si grand que les promesses des mois à venir ne seraient pas suffisantes pour combler toute cette soif de nouveautés. On pensait et repensait notre vie, la suite, les différentes possibilités qui s’offraient à nous. Un monde d’ouvertures ! Puis, notre pensée évoluait, nous cogitions sur ce que pourrait être nos prochaines excursions, notre besoin de revenir à la maison avec un autre grand projet, différent mais aussi conséquent. Finalement, plus nous approchions de notre terre natale, plus notre besoin de retrouver nos racines se faisaient sentir. Nos intentions de voyages devenaient plus accessibles et se transformaient en semaines de vacances. Davantage de discussions autour de rénovations éventuelles que d’expéditions potentielles.

Les semaines précédant notre arrivée, nous comptions les dodos, nous étions empressés de retrouver nos proches et notre maison, nous étions emballés de retrouver notre ancienne vie de propriétaires terriens. Bien sûr, il y a encore plusieurs variables qui demeurent inconnues mais nous revenons avec une idée bien précise de ce que nous voulons retrouver. De nombreuses heures seront consacrées à notre réinsertion sociale� : branchements domiciliaires, couvertures d’assurances, rendez-vous chez le dentiste, achat de voiture, de vélo, de téléphone, de toutes ces choses essentielles qu’on prend pour acquises lorsqu’on les possède depuis un moment… Mais le retour c’est surtout le bonheur de revoir les êtres qui nous sont chers en sachant très bien que nous ne pourrons reprendre là où on avait laissé… Tant de choses ont changé aussi pour eux et en accéléré.

Le retour a été réfléchi, des choix de vie ont été discutés. Les filles ont choisi les activités qu’elles souhaitent reprendre ou découvrir. Marc reprend sa vie active à titre de consultant en informatique. Pour ma part, je souhaite réaliser un fantasme de jeunesse� : écrire un livre. Une façon toute personnelle de boucler cette boucle, d’emballer ce présent magnifique que nous avons choisi de nous offrir… Les dessous de Projet bleu dans le feu de l’action, de la préparation jusqu’à la conclusion.

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Paris New-York en 16 mois

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Article paru dans le Journal de Montréal le 1er juillet 2007

Voilà c’est fait : Projet bleu est sorti de l’eau. Il est remisé à Annapolis, la Mecque de la voile en Amérique. Même si nous le dépouillons de nos effets personnels, nous y laissons un peu de nous-mêmes, tant de souvenirs et d’aventures, tant de bons moments passés en famille. À son bord, nous avons parcouru 9 200 milles nautiques soit plus de 16 500 km en 14 mois. Maintenant il est prêt à accueillir d’autres propriétaires, à réaliser d’autres rêves, à sillonner d’autres mers.

Pas facile de revenir chez soi par les voies terrestres, pas un locateur de voitures ne veut louer un mini van jusqu’à Montréal… En fait, il y a une possibilité mais qui en coûte 3 000 dollars pour 4 jours ! De toutes façons, vu les bagages que nous avons, il n’y aurait pas eu assez d’espace pour tout contenir. Finalement, nous décidons de séparer les équipes, Marc reviendra en camionnette de déménagement et les filles et moi reviendrons en train. Comme nous avions débuté notre périple à Paris, nous trouvions de bon ton de le terminer à New-York. Après avoir été en symbiose avec l’élément marin, nous revenons à la ville avec une immersion dans l’imposante mégapole. Une occasion en or de visiter Marie-Claude qui habite tout près dans le New-Jersey et qui aura la grande bonté de nous héberger trois nuits.

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Notre escapade dans la Grosse Pomme sera intense comme la ville. Nos petons alertes nous transportent dans les quartiers chauds : Broadway, Time Square, 5th Avenue et bien sûr Central Park. Il me semble que la ville a changé depuis ma dernière visite qui date déjà d’une dizaine d’années. Plus de panneaux publicitaires, plus d’écrans de télé, plus de néons. Une véritable cacophonie visuelle qui fait l’unicité de cette ville trépidante. Mais je retrouve encore cette ambiance frénétique, cette foule anonyme toujours pressée de se rendre quelque part, ces taxis jaunes si présents et si indisciplinés et en bruit de fond la police, les pompiers ou l’ambulance… Je retrouve aussi l’odeur du béton qui chauffe, des bretzels qui cuisent et du métro qui transpire sous nos pas. Comme chantait Nina Hagen: «New-York City is the hottest place! ». Dans un tout autre registre musical, la vue de ces édifices haut-perchés, nous inspire à fredonner la chanson de Gainsbourg où il cite les plus célèbres buildings et ajoute à la suite de chacun « oh ! C’est haut ! ». Des heures de plaisir !

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Nous terminons notre journée par une visite au musée d’histoire naturelle. Comme le temps nous manque, nous ne verrons que l’exposition permanente. Les filles retrouvent soudain leur énergie et leur appétit d’apprendre les fait déambuler à travers les salles et à travers les siècles. Nous débutons par une pause sur la préhistoire, les premiers hommes de l’homo erectus à l’homo sapiens. Nous nous attarderons pour contempler différentes manifestations culturelles des grandes civilisations chinoises, japonaises, indiennes et arabes. Finalement, nous nous offrons un retour à l’époque jurassique avec ces dinosaures reconstitués qui impressionnent autant les grands que les enfants.

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Dans ce voyage, les filles ont découvert le bonheur de visiter les musées. Nous nous promettons d’entretenir la flamme et de nous offrir des pèlerinages culturels plus fréquents. Pas besoin d’aller si loin pour apprendre, dans les environs de Montréal il y a de quoi s’instruire à satiété.

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Comme la semaine prochaine sera notre dernière chronique officielle, elle sera consacrée au retour à la maison et à un bilan de cette aventure.

Sur le chemin du retour

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Article paru dans le Journal de Montréal le 17 juin 2007

Comme les vents annoncés dans les prochains jours sont favorables, nous quittons l’Intracoastal et prenons la mer pour retrouver les grands espaces et notre tranquillité d’esprit… Nous décidons de donner un grand coup et naviguons 4 jours et 4 nuits dans des conditions de vent presque parfaites : vents au portant et mer plate. Dès le départ, nous renouons avec le plaisir de la pêche et attrapons deux belles grosses prises de plus de 90 centimètres en moins de deux heures. Le thazard blanc moucheté se révèlera un excellent poisson que nous dégusterons à différentes sauces.

Les nuits seront parfois assez troublantes puisque le ciel se fendra d’éclairs aux couleurs de feu et nous impressionnera pendant de longues heures. Heureusement, nous n’aurons pas à gérer la foudre de trop près et nous éviterons chaque fois les orages. Même si Marc tente de me rassurer en m’expliquant patiemment le principe de la cage de Faraday, j’avoue avoir quelques frissons lorsque je vois ces zébrures à l’horizon. Comme notre bateau est en aluminium, nous serions comme dans une cellule de protection et les éclairs ainsi que leur décharge électrique ne pourraient nous atteindre. Mais la théorie m’endort et les éclairs m’énervent encore !

Comme nous arrivons près de la baie de Chesapeake, nous réalisons que nous en sommes à nos derniers milles sur l’eau avec une pointe de nostalgie. Être en mer nous permet de vivre pleinement avec les astres une expérience inoubliable qui ne cesse de nous émouvoir. Il y a cette boule de feu qui met son pyjama rose orangé et invite gentiment les filles à l’imiter. Puis, mars et vénus, plus grosses et plus brillantes que toutes les autres étoiles, se sont mis bien en vue pour nos dernières nuits en mer. Finalement, soucieuse de ne pas voler la vedette, la lune en croissant doré nous a fait l’honneur de se montrer en milieu de nuit. Ce contact privilégié avec le ciel fera certainement partie de nos meilleurs souvenirs de voyage.

Notre entrée dans la baie se fera de nuit et nous aurons du mal à reconnaître toutes ces sources de lumières. Bouées lumineuses, phares, feux de navigation de bateaux, lumières côtières nous éblouissent et nous font penser à des guirlandes de Noël. L’oeil vif, nous sommes aux aguets et tentons de tout identifier correctement pour savoir où aller avec précision. Marc restera éveillé plus longtemps et se chargera de cette arrivée délicate pendant que je tenterai de sommeiller bien au chaud. La remontée vers le nord a sensiblement rafraichit nos nuits et nous ressortons polars, couvertures et chaussettes. Un avant-goût de ce que nous réservent nos délicieuses saisons… changeantes et imprévisibles.

Plus nous approchons plus nous sommes impatients de retrouver notre chez nous. Depuis quelques semaines déjà nous rêvons de camping et d’odeur de sapins, les paysages sont de plus en plus familiers et nous approchons avec bonheur vers notre terre natale. Nous pensons à nos lits douillets et aux bains chauds que nous prendrons et surtout à tous les êtres chers que nous reverrons. Des idées de décoration fourmillent dans nos têtes, histoire de se réapproprier notre maison, les filles dessinent leur chambre et pensent à leur aménagement et à la disposition de leurs souvenirs de voyage.

Ophélie a terminé avec succès ce qui était prévu au programme, maintenant les heures d’école sont consacrées à la révision et quelques parties d’échecs. Comme la lecture fait partie inhérente de son quotidien, nous ne tenons même plus compte de cette activité dans la comptabilisation de sa scolarisation. Nous sommes confiants que cette dernière année aura été riche en apprentissages divers et variés et que sa culture générale aura été largement bonifiée, ce qui sera sûrement positif pour son retour à l’école en septembre prochain.

Nous sommes maintenant à la marina d’Annapolis, l’escale finale pour notre bateau. La prochaine semaine sera consacrée au grand nettoyage de Projet bleu et à sa sortie d’eau. Nous profiterons aussi des environs pour faire quelques escapades touristiques afin de ne pas négliger l’aspect ludique de notre aventure. C’est pas parce qu’on s’en revient chez nous qu’on doit être à bout !

Quand ça va mal

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Article paru dans le Journal de Montréal le 10 juin 2007

Voilà maintenant plusieurs jours que nous naviguons dans l’Intra Coastal Waterway, un cours d’eau long et étroit qui part de Norfolk (à l’entrée de la baie de Chesapeake) et qui mène jusqu’à Key West en Floride. Ce canal a été dragué et permet à de nombreux vaisseaux de naviguer en eaux calmes à l’abri des vagues. Comme il y a des vents de plus de 30 noeuds avec rafales à 40 noeuds et des vagues de 15 pieds annoncées, nous choisissons la voie de la facilité et empruntons la célèbre voie d’eau. Le chenal étant souvent très étroit et dépourvu de bouées lumineuses, il n’est donc pas praticable de nuit.

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Nous devons donc partir au lever du jour et arriver avant la tombée de la nuit, ce qui nous fait en moyenne entre 50 et 60 milles nautiques par jour. Le paysage est joli, nous rencontrons plusieurs couples de dauphins, différentes espèces d’oiseaux et pouvons apprécier dans toute leur splendeur les riches résidences qui bordent le canal.

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Les ponts fixes que nous devons traverser ont tous 65 pieds d’hauteur et le tirant d’air de notre bateau est de 55 pieds. Malgré cette différence appréciable, nous avons connu des émotions fortes lors de notre première expérience. Le jeu des apparences vu d’en bas nous a fort impressionnés surtout qu’au moment même où nous franchissions le pont, Ophélie échappait un jeu avec grand fracas ! Mais ne s’arrêtent pas là nos histoires de peur avec les ponts…

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Comme nous traversions un pont, cette fois-ci à bascule, que les filles saluaient l’opérateur, un grand bruit sourd sous la coque se fit entendre à deux reprises. Notre safran a heurté quelque chose de dur. Un bateau à moteur qui nous suivait de près a aussi frappé l’objet à la dérive et a pu l’identifier : un tuyau de PVC long de 60 pieds qui s’était mis en travers du pont. Nous allons derechef nous ancrer pour vérifier l’étendue des dégâts. Une plongée et quelques essais avec la dérive et le safran plus tard, Marc soupçonne un problème avec le mécanisme hydraulique qui permet de remonter et redescendre le safran et la dérive lorsque nécessaire. Ces derniers ne semblent pas endommagés et sont toujours fonctionnels, nous sommes rassurés d’avoir choisi un bateau si solide ! Nous pouvons donc poursuivre notre route mais devrons faire fi de la quille relevable.

Alors que nous nous apprêtions à repartir, le fameux tuyau avance droit sur nous et nous voilà à tenter de le repousser de peine et de misère afin qu’il ne se coince pas sous notre quille et fasse d’autres dommages. Nous arrivons à l’éloigner enfin et reprenons notre chemin après avoir perdu deux bonnes heures. Puis, nous traversons un superbe lagon. Malgré la beauté du paysage, nous gardons un oeil constant sur le pronfondimètre et sommes à l’affût de toute variation. En temps normal, notre bateau a une quille relevable et nous pouvons nous permettre d’aller dans 2,5 pieds d’eau sans problème et même nous échouer sur des fonds sablonneux sans crainte d’endommager quoique ce soit. Cette caractéristique est d’une valeur inestimable et ce malheureux incident vient perturber notre tranquillité d’esprit.

Puis, nous arrivons finalement à Daytona Beach à la tombée de la nuit. Avec un tirant d’eau de près de 8 pieds et plus de possibilité de relever notre quille pour gagner de précieux pouces, nous tentons d’aller nous ancrer là où les fonds sont les plus réguliers et sans dangers. Nous connaissons bien la « loi des emmerdes maxi » et voulons à tout prix éviter d’autres emmerdes. C’est ce qui nous est pourtant arrivé…

Comme les fonds remontaient rapidement dès que nous quittions le chenal, nous sommes restés coincés dans 5 pieds d’eau. On attend la marée haute qui est prévue deux heures plus tard, Marc va porter une ancre en dinghy pour essayer de nous déprendre, rien n’y fait, nous sommes toujours coincés. Il est 22 heures, nous appelons un remorqueur. Et combien coûte ce petit coup de pouce qui nous sortira de la m… ? Je vous le donne en mille … En argent américain bien sûr !

Épuisés, nous arrivons finalement à quai et remercions le ciel de ne pas nous tomber sur la tête. On attend que la journée se termine avant de crier victoire, la météo a annoncé des possibilités de tornades ! Demain est un autre jour.

Pendant tout ce temps, les filles ont été sages et ont gardé leur calme. Au souper, Zoé s’est même exclamée : « c’est un grand jour de bonheur ! » « Et pourquoi ? » lui a-t-on demandé perplexes. Elle répond bien candidement : « parce que c’est une belle journée de navigation avec de beaux paysages, on a vu des dauphins, maman a rangé notre chambre et on mange mon repas préféré ! » Et c’était bien avant que sa soeur et elle assistent à deux magnifiques feux d’artifice alors que nous tentions tant bien que mal de nous dépêtrer de notre bourbier. Les petits bonheurs enfantins… Ça n’a pas de prix !

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Partir c’est aussi quitter

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Article paru dans le Journal de Montréal le 3 juin 2007

D’abord quitter son travail, suspendre sa carrière, rompre avec une certaine sécurité. A partir du moment où Marc et moi avons pris la décision de partir, six ans avant le jour J de notre départ, nous étions prêts à mettre entre parenthèses nos projets professionnels. A l’époque, je n’étais pas directrice principale des ressources humaines, ni même chez mon plus récent employeur, mais je me doutais bien qu’on ne me permettrait pas de prendre un congé sans solde pour des raisons de voyage ni pour une si longue période. De son côté, Marc ne travaillait pas encore à son compte et n’aurait pas été en mesure lui non plus de prendre un congé sans solde chez son employeur. Marc mit alors sa boîte sur pied et put ainsi acquérir une nouvelle flexibilité dans sa recherche de contrats. Ni l’un, ni l’autre n’avons douté de nos possibilités à notre retour, ni l’un ni l’autre n’avons craint pour notre avenir. Nous sommes partis sans ports ni attaches professionnelles.

C’est aussi quitter notre maison, la laisser en location, faire confiance aux prochains occupants qui en profiteront le temps de se trouver une nouvelle maison. Meubles, jouets et éléments de décoration ont été laissés en toute confiance durant notre absence. Lâcher prise sur nos biens matériels n’aura pas été une trop lourde tâche puisque nous partions explorer de nouveaux horizons et que les choses ont bien peu de prix à côté de toutes les richesses que nous allions découvrir. Nous avons été chanceux puisque nous retrouverons notre maison presque dans le même état que nous l’avions laissée, prête à nous accueillir de nouveau. Nous avions pris cette décision afin de pouvoir se retrouver chez nous après avoir bourlingué pendant près d’un an et demi. Nous ne voulions pas vendre et recommencer une nouvelle vie à notre retour, nous pensions qu’il serait rassurant de se retrouver à la maison après autant de dépaysement.

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C’est surtout quitter ceux qu’on aime, ne pas pouvoir partager les événements importants qu’on a l’habitude de souligner avec eux, de ne pas être présents lorsque le besoin se fait sentir. Nous avons eu des pensées pour nos parents et amis et les avons fait naviguer avec nous dans nos coeurs. Mais même si j’étais préparée mentalement à ce détachement, je ne peux pas dire que j’ai été zen en toute occasion avec cette décision. Alors que choisir c’est aussi savoir renoncer, j’ai dû apprendre à vivre avec toutes les conséquences de mes choix durant ce voyage que je ne regrette pas. J’ai pris des photos de ce que j’ai vu, j’ai écrit sur ce que j’ai vécu, j’ai pensé à eux autant que j’ai pu.

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Cette semaine, ma mère nous a quittés. Elle m’a attendue avant de rejoindre les étoiles et j’ai pu lui serrer la main avant qu’elle entreprenne son grand voyage. Le nôtre a été suspendu le temps des derniers « au revoir ». Cette fois-ci c’est moi qui reste sur le quai. Je comprends mieux le vieil adage qui dit : « ceux qui restent souffrent davantage que ceux qui quittent ». J’ai le coeur gros de ne plus avoir ma mère à mes côtés mais je sais que l’aventure qu’elle s’apprête à poursuivre sera formidable, à la hauteur de ses rêves et de ses croyances comme l’a été pour nous ce long périple qui tire à sa fin.

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Nous sommes à Key Largo en Floride, nous nous apprêtons à quitter une autre marina, une autre ville. Nous continuerons à découvrir et à nous émerveiller à travers les différentes destinations que nous ferons. Même si quelques fois on aimerait ça être là-bas…

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Près des cieux, près du coeur

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J’ai déjà dit que j’aimais mes quarts de nuit, ce moment privilégié où je me retrouve seule, face à moi-même. Au milieu de l’océan, j’ai l’impression que le ciel m’enveloppe et lorsque la lune se fait absente, que la nuit noire se pare de ses diamants si inspirants, je me sens encore plus près de ceux que j’aime. Cette nuit, je réfléchis aux conséquences de mes choix, comme une nouvelle évidence qui a toujours été tellement évidente. Oui choisir c’est renoncer, c’est d’être ici alors que je pourrais être ailleurs. Cette nuit, je pense, non sans culpabilité, à ceux que j’ai laissés. Derrière moi, mes racines se désagrègent en peu plus chaque jour sans pouvoir compter sur mon support, sans sentir mon amour. Fabriquer un devenir à mes anges de l’avenir ne se fait pas sans concessions. J’ai cru l’ombre d’un instant pouvoir arrêter le temps et vivre avec mari et enfants dans la plénitude et l’allégresse. Je n’étais pas dupe, je savais que la réalité ne laisse pas échapper autant de bonheur sans réclamer son dû.
Pendant que le passé de mes aînés se fait ronger sans pitié, que les pleurs et la douleur alimentent leur quotidien, je suis impuissante, je me sens loin. Je m’accroche aux étoiles qui filent lorsque j’en vois, elles m’emmènent purger ma peine dans des contrées où le passé n’a jamais existé. Tout ce que j’ai vécu s’étiole, tout ce qui m’a plu s’envole. Le tableau redevient noir comme au commencement de mon histoire. La craie blanche s’est effacée mais le contenu est demeuré… dans mon coeur pour toujours, je me souviendrai de chaque jour.
En regardant les cieux, je fais toujours le même voeu… Qu’il reste de la dignité dans le regard de ceux que j’ai quittés, des souvenirs dans les yeux que j’ai aimés. Que les sourires remplacent les soupirs, que leur mémoire ne se rappelle de leur cause sans appel. Chaque nuit, je prie pour que la brume qui se lève soit plus enveloppante que dérobante, plus enivrante qu’oppressante.

La prochaine fois que je prendrai un bain d’étoiles, que la nuit noire me soufflera de sombres pensées, je me remémorerai tous ces soleils que j’ai vus briller, toutes ces lunes qui m’ont éclairée, tous ces moments à leurs côtés.

Chan Chan à la havane

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La marina Darsena de Varadero ne possède pas les facilités escomptées, un peu excentrée, loin des services et de la ville, elle sert surtout de point de départ à différentes expéditions. Les sanitaires sont presqu’inexistants et les moustiques sont nombreux et insistants. En compagnie de notre grande amie Céline, nous décidons donc de nous offrir une semaine de vacances à Varadero dans un hôtel tout inclus où plage, piscine et mojitos sont offerts à volonté et où les filles peuvent profiter de toutes les facilités. Cette parenthèse est appréciée même si elle souffre un peu d’authenticité. Cette carence sera de courte durée puisque nous partirons à la Havane dans les jours qui suivront.

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Comme toutes les grandes villes, comme aucune autre, la Havane a une âme, la Havane a son charme. Nous y passerons deux jours à s’imprégner de sa couleur, de son odeur et de sa saveur. Une couleur nuancée, délavée, éclatée. D’abord, une population variée avec différents dégradés de carnation, du marron foncé au cafe con leche… Mucha leche ! De belles voitures des années cinquante, aux teintes éclatantes devant des bâtiments ternis par le temps.

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Il y a aussi cette odeur, perfide dans certains recoins, chaude et humide dans d’autres. Des volutes de cigare se faufilent et accentuent l’impression d’un retour dans le temps. Un voyage dans le passé sans devoir traverser les années. Cette époque où nos pères et nos grands-pères fêtaient la naissance d’un enfant en fumant, l’époque où l’odeur sucrée de la fumée n’était pas encore vilipendée.

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Une grande cité avec un passé glorieux ponctué d’épisodes douloureux. Une ville d’art et de culture en manque de moyens et non de luxure. Si on peut la reconnaître en la voyant, on la retrouve en l’écoutant. Ici, on ne perçoit pas la rumeur de la ville comme on a l’habitude de l’entendre avec ses bruits de klaxon et de circulation…

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On y perçoit son humeur : une suite de vibrations qui prennent forme en chansons. La Havane transpire les rythmes cubains, toutes ses rues vivent au rythme de la salsa et de la musica. On se laisse envoûter, notre coeur se réchauffe de cette poésie pour l’ouïe qui tantôt nous réjouit, tantôt nous émeut mais jamais ne nous laisse indifférents. Qu’ils soient trois, quatre ou huit, à jouer d’un instrument ou à chanter, le ton est toujours juste et nous apprécions toutes les versions de la même chanson.

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Parce que le répertoire cubain a été mondialisé par le très célèbre Buena Vista Social Club, nous reconnaissons quelques classiques et Chan Chan fait partie de ceux-ci. Ce n’est pas une salsa mais elle est apprêtée à toutes les sauces : instrumentale ou a capella, langoureuse ou dansante, traditionnelle ou changeante. Un refrain qu’on fredonne, une mélodie qu’on retient, une ambiance qu’on aime bien, Chan Chan quand tu nous tiens !
Si on dit que la musique adoucit les moeurs alors la Havane a la cuisse légère et une peau de pêche. De la soie pour panser les difficultés, du satin pour laisser miroiter les rêves de liberté.

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Après quelques tergiversations sur la fin de notre périple, nous décidons de remonter à voile jusqu’en Virginie dans la baie de Chesapeake et ce pour deux raisons. Il semble qu’il soit plus facile de vendre un bateau comme le nôtre dans cette région, de plus, les cyclones boudent cette destination et nous pourrons y laisser notre vaisseau en toute quiétude.

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Dans les prochains jours et dès que la météo sera favorable, nous quitterons Cuba en direction de Miami. Comme la saison des tempêtes tropicales débutent en juin nous ne lézarderons pas trop en chemin.

Cuba: terre d’accueil

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Traverser à Cuba ne se fera pas sans efforts, nous connaîtrons nos pires conditions de navigation, de forts vents (force 7 Beaufort) qui soulèvent une grosse mer, croisée de surcroit. Je commence à penser tout bas que j’en ai marre et je me fais le serment que c’est notre dernier tronçon de plus de 300 milles. Puis, nous arrivons au premier port d’entrée que nous croisons pour y faire les formalités: Puerto Vita, situé dans un magnifique plan d’eau aussi calme qu’un lac, à l’intérieur des terres et qui nous met à l’abri de toute secousse météorologique.

Tout le monde au Québec connaît Cuba, si ce n’est pour y être déjà allés en vacances du moins de réputation. C’est une destination prisée des Québécois qui en font un de leurs endroits de prédilection pour faire provision de soleil en plein coeur de l’hiver. Mais ici les plaisanciers ne sont pas légion et ce pour plusieurs raisons. D’abord, à cause du peu d’informations sur les conditions de navigation, le seul livre de référence disponible date déjà de 1999 et nous avons dû actualiser notre documentation en glanant ici et là sur internet. A cet effet, Cuba ne fournit que très peu d’informations par cet intermédiaire. De plus, les laborieuses formalités d’entrée ont mauvaise réputation et en découragent plusieurs.

Reçus au ponton par Ernestina, un bouquet d’hibiscus à la main, nous avons connu un accueil adorable à Puerto Vita et les formalités se sont finalisées à l’intérieur de deux heures. Nous avons eu droit à la visite du médecin pour vérifier la santé de tous les équipiers, de l’inspecteur agro-alimentaire qui a inspecté les provisions, du chien détecteur de drogues qui a flairé tout le bateau, de l’agent d’immigration, de l’agent de douane et finalement du vétérinaire qui a aussi fait sa visite malgré que nous n’ayons pas d’animaux à bord. Toutes ces gentilles personnes ont rempli leurs formulaires à bord avec le sourire. Certains devront revenir le lendemain pour affranchir notre départ mais ce sera toujours dans la bonne humeur.

Maintenant nous avons notre permis officiel de navigation en eaux cubaines, nous pouvons naviguer partout où il nous plaira pour une durée de 3 mois à condition bien sûr de garder précieusement tous nos papiers. Chaque fois que nous irons dans une marina, des agents nous visiteront et s’assureront que tout est en règle.

Le soir, nous soupons au restaurant situé sur un promontoire et offrant une vue superbe sur les environs. Ernestina nous offre un cocktail de bienvenue et des musiciens cubains nous enjôlent et nous délient les hanches. Ophélie apprend quelques pas de salsa avec son papa et Zoé se fera le pied avec un merengue. Ça y est, nous sommes bel et bien au royaume de la musique latine et nous adoptons familialement cette destination.

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Les jours suivants, nous naviguerons dans des conditions de rêve, mer plate, juste ce qu’il faut de vent pour nous faire filer à vive allure vers nos prochaines destinations. Nous aurons droit à des nuits au clair de lune et je me réconcilierai encore une fois avec les éléments. Du coup, j’oublierai les désagréments et ne me souviendrai que du bon temps.
Sur mer, nous ne rencontrerons pas d’autres voiliers, que des cargos au large qui emprunteront le canal des Bahamas.

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Nous arrêterons dans deux mouillages des cayos du nord qu’on nomme aussi les Jardins du roi : Paredon Grande et Punta Coco. Chaque fois nous serons seuls à profiter des eaux translucides et du dernier rayon vert de ce soleil qui s’endort sous nos yeux éblouis. Nous aurons aussi le plaisir de visiter le phare de Paredon Grande, nous escaladerons ses 144 marches et nous bénéficierons d’un point de vue inoubliable sur l’Atlantique. Maintenant, nous devons regagner rapidement Varadero où nous rejoignons notre bonne copine Céline qui sera avec nous pour quinze jours.

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Pour notre bon plaisir

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Nous quittons Puerto Rico tôt le matin, une cinquantaine d’heures de navigation nous séparent de notre prochaine escale en République Dominicaine. Nous profitons de nos premières heures pour nous détendre à l’avant du bateau et nous offrir des petits moments tendres, la mer est calme et il fait bon. Mais à peine quelques heures s’écoulent pour que le vent se lève, la mer s’agite et notre vitesse chute désespérément. Nous avançons contre le vent, péniblement, et nos bedons ont du mal à s’adapter à ces nouvelles conditions. Les calculs se fraient un chemin dans nos cerveaux déprimés, le double, le triple du temps si nous continuons à avancer aussi lentement. Nuit d’encre où pas une étoile n’arrive à atteindre le ciel, quelques-unes se contentent de luire dans l’écume qui borde le bateau. La ligne d’horizon nous fait faux bond et nous arrivons à trouver nos repaires dans la lueur lointaine de l’île qui disparaît derrière nous. A tour de rôle nous veillons, le moral dans les talons. Puis, le vent s’adoucit et disparaît complètement en emportant avec lui ce clapot disgracieux qui nous minait. Bien que nous fassions du moteur presque toute la traversée, les conditions s’amélioreront et nous atteindrons notre destination en 54 heures.

Arrivés à Ocean World Marina, nous oublions vite les petits inconforts des derniers jours. Dès notre arrivée, nous sommes accueillis par le personnel de la marina qui est accompagné de la douane et de l’immigration. En quelques minutes les formalités sont réglées avec remise d’une brochure explicative des nombreux services compris dans notre « forfait ». Ouverte depuis décembre dernier, cette marina est annexée à un casino et à un parc aquatique et nous avons accès en tout temps au site ainsi qu’à tous les spectacles offerts. Deux jours passés à s’émerveiller devant les lions de mer, les dauphins, les requins nourrices et les oiseaux tropicaux. À se baigner dans une grotte ruisselante tout près des tigres, à se prélasser sur une plage aménagée juste à côté des dauphins ou faire du snorkeling dans un aquarium parmi les mérous, les carangues et les anges gris. Nous ne visitons pas seulement les animaux derrière les cages, nous les côtoyons sous supervision avec toutes les explications demandées. Nous passons du temps de qualité à nous informer sur nos animaux favoris. Nous avons été surpris de voir les requins nourrices totalement inoffensifs. Même s’ils peuvent atteindre jusqu’à 7 mètres, ils se laissent dorloter, cajoler et prendre hors de l’eau. Ils nous ont même offerts leur plus beau sourire en guise d’au revoir. Mais le plus beau cadeau pour nos filles a été de pouvoir nourrir les oiseaux et de les recevoir sur leurs chapeaux. Juste à y repenser, elles ont le regard tout illuminé ! Dire que ces divertissements ont été appréciés des enfants ne seraient pas étonnants mais nous adultes responsables sérieux et dévoués avons su aussi trouver notre bonheur dans cet environnement édulcoré.

De plus, à quelques pas du bateau, une immense piscine toute de mosaïques vêtues nous interpelle. Le style est exubérant, un peu kitsh et rappelle certains grands hôtels de luxe de Las Vegas mais l’oeil est stimulé par ce scintillement nouveau et inusité. Puis nous nous endormons en nous laissant bercer par le bruit des vagues de l’Atlantique qui viennent tambouriner sur le brise-lames. Bien que de courte durée, cette pause dominicaine sera appréciée.

Nous repartons pour une autre traversée d’une cinquantaine d’heures pour rejoindre Cuba. La semaine prochaine, nous aborderons donc notre navigation à l’intérieur des cayos après avoir passé les légendaires et douloureuses formalités d’entrée. Nous espérons que notre citoyenneté tant appréciée nous évitera les difficultés anticipées.

Naviguer à travers les siècles

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Lorsque nous avions planifié nos escales au début du voyage, nous n’avions pas mis Puerto Rico sur la liste parce que nous avions à l’époque un à priori négatif et erroné. Après quelques lectures et commentaires reçus de voyageurs passés par là, nous décidons de faire le détour et même de s’y attarder.

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D’abord, nous arrêtons à l’île de Culebra qui fait partie des îles vierges espagnoles, juste à côté des îles vierges américaines et britanniques. Les environs sont moins populeux, plus sauvages et on y fait de belles découvertes. Nous entrons dans chenal balisé pour accéder à la grande baie d’Ensenada Honda, entourée de terre et aussi calme qu’un lac. Nous nous ancrons devant la ville principale de Dewey et retrouvons avec ravissement l’ambiance hispanophone d’un petit pueblo tout à fait charmant.

Le lendemain, on repart vers Cayo Hicacos, une petite île entourée de récifs coralliens, de plages de sable blanc et d’eau limpide. Il y a quelques bateaux dans la journée mais tous repartent dès que le soleil commence à décliner. Pendant que Zoé chevauche son spaghetti pour faire quelques galipettes dans l’eau, Ophélie nage avec masque et tuba et découvre avec étonnement l’épave d’une petite embarcation à moteur. Elle n’y verra que des anges mais reviendra rapidement au bateau le coeur battant en se disant que dans les films de Némo et La petite sirène, toutes les épaves sont habitées par des requins. Heureusement, cette petite frayeur n’interfèrera pas avec sa nouvelle passion : l’exploration des fonds sous-marins.

Après plusieurs mois de pérégrination d’île en île, à explorer les multiples plages, les forêts tropicales, les environs subaquatiques et les villages antillais, nous retournons à la civilisation sur la grande île de Puerto Rico, escale culturelle par excellence. Nous nous arrêtons à San Juan, la deuxième plus vieille ville du Nouveau Monde. Nous avions entendu parler de La Havane à Cuba, de ce lieu mythique, mais jamais nous avions entendu parler de San Juan. Nous avons appris entre autre que les noms de l’île et de la ville ont été inversés dans le temps. L’île devait s’appeler San Juan et la ville portuaire de Puerto Rico qui veut dire « port riche » fut nommée ainsi en raison de son emplacement stratégique.
Agréable surprise que de découvrir autant de richesse culturelle dans le vieux San Juan.

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Ce lieu historique a été rénové lors du 500e anniversaire de la découverte par Christophe-Colomb en 1492 et fait partie du patrimoine culturel américain. Nous sommes impressionnés par l’ampleur du site : la forteresse, le môle et les imposantes fortifications qui ceinturent la ville sont en excellent état. Nous en saurons davantage sur le règne espagnol qui dura près de trois siècles et sur les événements qui ont marqué l’histoire de l’Amérique.

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Un des vestiges de l’époque, les maisons de style colonial espagnol ont toutes été fraîchement repeintes avec des couleurs pimpantes. Comme en Espagne, les rues rayonnent autour des différentes Plazas et sont pour la plupart recouvertes de pavés. Cette ville fera sûrement partie de nos escales coup de coeur et nous prendrons le temps de la sillonner à nouveau dans les prochains jours.

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Les gens ici sont chaleureux et accueillants et nous retrouvons l’ambiance familiale très latine que nous avons pu croiser en Méditerranée. En ce dimanche de Pâques, nous assistons à une célébration familiale où tous les enfants s’amusent à taquiner les nuages avec leur cerf-volant. Ophélie déclare solennellement : « j’aimerais tellement pouvoir participer à ce grand bonheur » ! Nous poursuivons notre visite des remparts quand une gentille dame nous donne un cerf-volant oublié. Puis, nous en trouvons un autre près d’une tourelle et voilà les filles qui voient leur voeu s’exaucer. La journée se termine dans les effusions de rire et de bonheur. Zoé en liesse, galope dans les prés, le sourire accrochée aux joues, avec sa Pouliche volante tandis qu’Ophélie envoie Spider Man au septième ciel.

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Ainsi, Pâques se déroulera sans chasse aux cocos ni lapins mais des centaines d’engins flottants virevolteront au vent. Un plaisir tout simple à la portée de tous, il ne suffit qu’un peu de temps et du vent…

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